Sale Sommeil, 6NEK, 08
Olga dort d’un sommeil agité. Ses paupières bougent très vite. Elle a quatorze ans. Olga est en train de rêver. La mort l’étrangle, la prend, entre par tous les pores de sa peau. Olga s’éveille
dans un sursaut avec le sentiment qu’il n’y a plus rien à faire. Juste l’attendre pendant quarante-huit heures. C’est son tour et c’est comme ça. Olga se dit qu’elle peut rester dans son lit
plutôt que de prendre conscience que la vie va suivre son cours sans elle. C’est la fin elle en est sûre. Elle n’a tout à coup plus envie de se projeter dans l’avenir ou d’imaginer un amour qui
se terminerait brutalement dans deux jours. Olga n’a plus le temps. Elle décide cependant que passer ses deux derniers jours dans son lit n’est pas forcément le plus intéressant, vu que morte
elle sera couchée de toute manière. Olga voit la mort comme un long sommeil inconscient. Elle a quand même une irrépressible envie de pleurer. Les pleurs font partis de la vie alors elle
s’accorde quelques minutes pour sangloter sur son futur décès. Mais sitôt qu’elle s’apitoie sur son sort, une surdose d’adrénaline l’a met sur pied dans un vacarme épouvantable. Olga a renversé
son lit. Elle ne range pas, à quoi bon pense-t-elle. Elle passe trois heures dans la salle de bain. Ses précieuses heures s’avalent comme du Nutella,
pour son plus grand malheur. Elle va au collège. Lorsqu’elle entre en classe, les élèves et le prof restent bouche bée. Pour la première fois elle porte autre chose que ses sempiternels joggings.
Une beauté vénusienne est née pour deux jours. Elle prend place sous les regards ébahis. Elle a oublié son mot d’excuse, mais à son avis le prof ne se souvient pas de l’incident. Olga a encore
envie de pleurer toutes les larmes de son corps et mourir desséchée lorsqu’elle s’aperçoit que cette heure habituellement interminable, qui doit durer dix siècles, s’écoule sans demander son
reste. Durant l’intercours, un groupe se forme autour d’elle. Olga ne veut pas leur parler. Après tout, ils ne lui ont pratiquement jamais adressé la parole. De toute façon à présent elle est
elle-même consciente d’être belle et séduisante. Elle s’en fout de cette bande d’hypocrites sournois. Ce qu’elle veut c’est vivre intensément. Mais c’est quoi la vie ? La vraie
vie ?
« La tragédie de la mort est en ceci qu’elle transforme la vie en destin. »
L’espoir, André Malraux.
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Idées inconnues